Aux Modernes, Leconte de Lisle

A ceux qui gémissent sur le monde qui était mieux avant, qui pensent que le punk a débuté en 1976 ou que personne ne souffrait avant Cobain, rappelons ces douces paroles de Charles Marie René Leconte de Lisle, parnassien célèbre, pourfendeur de son temps, officier de la Légion d’Honneur, sous-bibliothécaire du Sénat, académicien et grand râleur devant l’Eternel !

Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,

Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,

Châtrés dès le berceau par le siècle assassin

De toute passion vigoureuse et profonde.

Votre cervelle est vide autant que votre sein,

Et vous avez souillé ce misérable monde

D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain,

Que la mort germe seule en cette boue immonde.

 

Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin

Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin,

Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches

 

Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,

Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,

Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.

 

Ceci est extrait des Poèmes Barbares de… 1862 !

Détail intéressant : élu dans le fauteuil de Hugo, c’est à Leconte de Lisle qu’il revient d’en prononcer l’éloge, qu’il débute par : « Ma profonde admiration suppléera, je l’espère, à la faiblesse de mes paroles ».