Orelsan – Suicide Social

D’habitude nous tentons de garder un côté constructif, mais ici la haine de tout et de tous est élevée au rang d’art, comment ne pas savourer ça ?

Né en 1982 à Alençon et amateur de provocation, le jeune homme a connu une notoriété rapide en 2009 en devenant le symbole des violences faites aux femmes avec une chanson (moyenne) au nom bien polisson : Sale Pute. L’histoire va assez loin, entre effets de manche de partis institutionnels, chantage aux subventions pour les festivals qui ont l’audace de le mettre au programme et poursuites en justice pour provocation au crime (il est relaxé), injure et provocation à la violence à l’égard des femmes. Il s’est illustré depuis dans la série Bloqué et par une collaboration avec Ron Thal (guitariste de Guns’n’Roses sur Chinese Democracy). On passe sur St Valentin, ceci est nettement supérieur. Ce n’est pas tant le côté pulsionnel qui est intéressant, tous ceux qui battent leur femme ont ça, c’est le raffinement des formules ; difficile de ne pas penser à Slim Shaddy. Précision du texte, capacité à parler du monde comme il est : toutes choses difficiles à pardonner, pas vrai ? On valide !

Archive (ouverture d’)

Archive, collaboration de Darius Keeler (le colosse) and Danny Griffiths (le beau gosse), existe depuis 1994. C’est assez modérément désopilant, mais revisitons ceci quand même !

L’automne 1996 : Londinium. avec la chanteuse Roya Arab et le rappeur Rosko John. Peu après le premier Portishead (94) et les 2 premiers Massive Attack (Blue Lines en 91 et Protection en 94), l’album mixe du trip hop très sombre et du rap. Au-delà des étiquettes le son est souvent fascinant, dès le premier titre old artist, avec une atmosphère semi-industrielle que traverse un violon aérien – comme dans le presque symphonique Organ Song. La seconde chanson All Time introduit la voix féminine, magnifique et étrangement rassurante de Roya Arab, sur des arrangements oppressants, c’est neuf et réussi, la formule fonctionne de nouveau sur Darkroom et façon plus mélancolique sur Nothing Else ou Last Five. Sur la chanson Londinium à partir de 3 :13 on trouve pour la première fois une de ces montées imparables à la Archive, instrumentale et toujours trop courte après 75 secondes (et 1000 écoutes).

1999 : Take My Head. Désolation, Archive se sépare de sa chanteuse (et de son rappeur) et embauche Suzanne Wooder. Soyons clair : l’album est une catastrophe tenant vaguement de la variétoche, voire de Blondie, avec des influences country, où surnagent quelques secondes de déconstruction (fin de la chanson Take My Head). C’est pire que raté : c’est horrible, et renié par Keeler / Griffiths depuis.

2002 : You All Look The Same To Me. Le titre de l’album associé aux images de gosses sur la pochette insulte les mômes par anticipation de leur avenir, c’est plutôt punk. De nouveau on change de chanteur, voici Craig Walker, qui vient du punk justement. Comme pour Londinium le choc est instantané ; et le charme rétabli dès le début du premier morceau Again (peut-être le meilleur de toute l’histoire du groupe, 16 :18 tout de même). On regarde à fond vers Pink Floyd, avec les moyens de ses ambitions. Le second titre Numb fait bien sûr penser au Comfortably Numb de leurs mentors du moment, et confirme l’orientation dark et plus rock de ce bon album parfois décevant ou moyen (Meon, Now and Then, Need), souvent touchant (Goodbye, Hate), ou simplement bon (Fool ou Seamless et son sonar floydien qui revient du reste sur Chase Scene dans l’album suivant) On retrouve sur la seconde moitié de Finding It So Hard un appétit de construction encourageant.

2003 : Michel Vaillant. Comment les Archive se retrouvent-ils à travailler sur le film de Luc Besson, ceci est un mystère, mais c’est probant : mélancolie, sens musical, longues montées réussies (Calling, Main Bridge Scene, Le Mans End) ou simple goût de rester sur la crête (Chase Scene, Helicoptere). Les rares titres chantés (End of Bridge Keen, for a Dead Child pour quelques secondes, Come to Me 3, Warm Up and Leader Theme, Nightmare is over), sont bien en place et l’album est le plus cohérent du groupe à ce stade. Ca va encore monter.

2004 : Noise. Sans perdre en radicalité (voir le titre Fuck U) ou en cohérence musicale, Noise possède une fluidité nouvelle, et part dans de nouvelle dimensions : comment se prononcer sur Pulse ou sur le visuel de la pochette ? La filiation avec Pink Floyd reste importante sur les titres Noise ou Wrong par exemple, l’ensemble est bon à très bon sur les 4 premières, beaucoup plus faible à partir de Here et moins inspiré sur toute la seconde moitié de l’album (Get Out, Conscience, Pulse, Love Song, Me & You), avec un sursaut sur un cinquième de Love Song (revoilà notre sonar).

2004 : Unplugged. Comme expliquer le côté horripilant de cet album (particulièrement sur Noise) ? La chanson Absurd surnage, Goodbye s’en sort presque bien, l’alchimie n’opère pas sur le reste, Craig Walker geint (Sleep) et se répète ; l’album est pénible (Girlfriend in a coma, Conscience), et donne l’impression de ne pas avoir les moyens de ses ambitions. Est-il conscient du naufrage ? Craig Walker quitte le groupe juste avant la sortie d’Unplugged. Il est temps de passer à autre chose

2006 : Lights. C’est la grande force d’Archive : la valse des chanteurs autour du binôme Keeler / Griffiths apporte régulièrement du sang frais. Entrent au chant David Penney, Pollard Berrier et Maria Q. Le groupe retrouve d’un coup sa colonne vertébrale. Dès le premier titre Sane, c’est imparable : nerveux, inspiré, profondément personnel avec un son exceptionnel. On trouve de purs moments de noirceur sur le troublant Sit Back Down, du « bon » Archive : Lights / Headlights / Programmed / Black / Taste of Blood font largement le boulot. Le reste est plus académique, sans gros accident toutefois : le (moyen) Veins lorgne vers la pop avec des twists, Fold et I will Fade restent sans surprise, System fonctionne. Le côté électro est plus fondu, l’ensemble est plus progressif. Il y a 10 ans déjà qu’Archive livre quelques pépites (presque) sur chaque album, et l’ensemble des très bons morceaux et déjà largement respectable. Il est temps d’accélérer.

2009 : Controlling Crowds et Controlling Crowds Part IV gardent les mêmes et marquent le retour (sur quelques chansons) du rappeur Rosko John. L’album est découpé en 3 parties, une quatrième partie sort de manière séparée. Dès le premier morceau on vole très haut : Controlling Crowd est un classique instantané, Bullets maintient la barre au plus haut, illustration ici avec les exploits acrobatiques d’Alex Yde :

Le reste de l’album est bien haut : un très bon Dangervisit, du lent intense qui tient la route (Words on Sign, Quiet Time, Collapse/Collide), un Clones correct à la frontière de la pop, dépassé sur ce créneau par Kings of Speed ou Whore, du rap très sombre et anxiogène (Bastardised Ink). Chaos n’apporte pas grand-chose, vite rattrapé par Razed to the Ground, très industriel, et le correct mais plus attendu Funeral qui concluent le meilleur Archive à ce stade.

De Part 4 on peut garder un « bon » Archive conforme aux attentes (Pills), et 2 réelles bonne surprises : lines et Blood in Numbers. Le reste se ballade entre une pop améliorée plutôt dispensable (The Empty Bottler, Remove, Come on Get High, To the End, Pictures, Lunar Bender) et un rap qui n’apporte pas grand-chose.

2012 : With Us Until You’re Dead, avec un nouvelle chanteuse quasi-R&B, Holly Martin. L’album est schizophrène : souvent attendu, voire convenu pour les parties vocales, et magnifiquement torturé par endroits (la fin de Wiped Out, Interface, une moitié de Violently, l’aspect un peu effrayant de Silent, la section rythmique de Hatchet). Deux morceaux à conserver : Conflict, une fois encore très indus, et le plutôt rock Twisting.

2014 : Axiom est accompagné d’un court métrage. Le début (Distorded Angels) est pénible et prétentieux, la cohérence sonore du morceau Axiom ne dissipe pas complètement cette impression. Baptism continue dans l’expérimentation, sans forcément trouver ce qu’il cherche, le reste ne s’en sort pas mieux, à l’exception de Transmission Data Terminate, très sombre et plus réussi.

2015 : Restriction garde les mêmes chanteurs, sans le guitariste Steve Harris. C’est un très bon cru, au son soigné, au caractère délicieusement oppressant, et le plus rock d’Archive à ce stade. On trouve bien des choses sur Restriction, surtout des bonnes : des ambiances presque minimalistes portant un chant nerveux, des changements déstabilisants, beaucoup de guitares, une précision remarquable, des chansons sèches focalisées sur l’essentiel : ramasser les meilleures éléments de 20 ans d’expérimentation pour une démonstration de post-déconstructionisme, lâchons le mot, tant 2 idées sont présentes ici : le ramassement (voir les titres Restriction, Feel It, Riding in Squares, Crushed) et la démolition (End of our Days, Half Build Houses, Ruination, Crushed encore). L’album est contenu, sous la forme d’une rage contenue et offre une cohérence remarquable et une densité peu commune. On ne trouve plus beaucoup de cet élan vers le sublime qui assurait les grandes montées d’Archive, et contribuait peut-être à ses pires déconfitures. Mais à tout point de vue l’album est essentiel.

Dans la foulée sort Unrestricted, même liste de chansons mais remixées par différents artistes. La démarche fait bien sûr songer au Further down the Spiral de Nine Inch Nails ou au No Protection qui a suivi le Protection de Massive Attack, le résultat est correct mais moins probant que Restriction lui-même.

2016 : The False Foundation est beaucoup plus proche de l’expérimental, avec une grande réussite. C’est plus que sombre, et terriblement planant, sans rien à jeter (sauf peut-être les quelques instants d’optimisme de the Weight of the World ? The False Foundation est moins violent que son précédesseur, mais tout aussi imparable.

A la fin (provisoire) de cette revue de fan, quelques questions restent en suspens :

  • 1/ Comment expliquer ce côté inégal, cette cohabitation étrange entre tant de bonnes choses et tant de moins bonnes choses (même perplexité et besoin de faire le tri que pour Eric Clapton, d’où ce billet) ? Sans doute par une démarche d’expérimentation et d’ouverture qui autorisent le groupe à toucher à tant de courants sans se renier, avec un bilan très honorable : plus de 70 chansons magnifiques déclenchant une incroyable imagerie à l’instant où vous fermez les yeux.
  • 2/ Pourquoi ces liens étranges avec la culture mainstream française ? Passons sur l’utilisation de Nothing else dans Déjà mort d’Olivier Dahan (1997) ou les liens avec Besson, il y a bien plus grave votre Honneur : en 2010 Darius Keeler et Danny Griffiths signent trois titres de l’album Bleu noir de Mylène Farmer (Light Me Up, Leila et Diabolique mon ange). Désolé pour eux, mais ça reste impossible à écouter. Quand vous cliquez sur la première photographie de Darius Keeler dans Google, vous arrivez sur Mylene.net. Danny Griffiths n’est pas en reste, le 7ème résultat donne : Innamoramento.net.

Pour finir sur une note plus lumineuse rappelons / saluons cette utilisation de Bullets dans le teaser du jeu vidéo Cyberpunk 2077 (2013) :

Et merci encore pour le frisson musical.

La Marche Turque (retourne votre cerveau)

Ceci a déjà bien fait le tour du web, mais pourquoi bouder son plaisir ?

Juya Wang montre une aisance déconcertante dans cet exercice complexe, auquel la jeune pianiste chinoise (née en 1987) apporte sa réelle grâce.

La virtuosité est frappante, le mélange des registres détonnant ; ce dynamitage donne la pêche et force la sympathie. Ceux qui voudront approfondir se pencheront sur l’exercice réalisé (plus tôt) par Arcadi Volodos, mais quelle fraîcheur ici !

En bonus : Yer Blues

Pour faire oublier l’horreur du post précédent voici une petite merveille trouvée sur YouTube. Sont rassemblé ici Mitch Mitchell (batteur du Jimi Hendrickx Experience), Lennon au chant, Clapton à la guitare et sa majesté Keith à la basse – impossible d’obtenir mieux vue la configuration !

 

Outre le son magnifique et le très bon solo de Clapton on note celui presque grunge du Beatle plein de poils. Juste pour le plaisir…

 

Clapton – Quoi (ne pas) écouter ?

Le plus étrange avec Clapton est sa capacité à alterner de purs chefs d’œuvre avec des moments beaucoup plus poussifs.

Le début est météorique. Clapton est né en mars 45, les Yarbirds explosent entre ses 18 et ses (à peine) 20 ans. En 66 John Mayall & the Bluesbreakers met tout le monde d’accord : Clapton is God. On passe sur Powerhouse pour arriver à Cream, un monument (66 à 69), gardons les albums Disraeli Gears et Wheels of fire, tiens. En 69 toujours le supergroupe Blindfaith est fort solide, et le Live peace in Toronto avec le Plastic Ono Band est une bonne prestation classique malgré les miaulement stéroïdés de la dame, exemple sur Yer Blues:

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Le solo de While my guitar gently weeps (68) sur le White Album des Beatles est un monolithe kubrickien. Un rapide tour avec Delaney & Bonnie & Friends, et puis on arrive chez Derek and the Dominos en 70, pour continuer de planer bien haut. Citons Layla and other assorted love songs, avec quelques prémices des catastrophes à venir toutefois (I am yours, anyday).  Le Live at the feelmore de fin 1970 est globalement parfait, avec une reprise magnifique de Little Wing, peu de temps après la mort de Hendrix.

C’est ici que les choses se corsent. S’il avait fait une OD à ce stade, comme une bonne petite rock star, il aurait planté un quasi sans faute. Mais l’homme reste prolifique sur presque 50 ans de plus !

1970      Eric Clapton : venant d’un inconnu, ceci serait acceptable. L’album n’apporte pas grand-chose à une discographie déjà riche, avec un recul sur le son. I’ve told you for the last time lorgne vers la country et annonce des monceaux de morceaux énervants. Restent quelques classiques (avec un son décevant), et un blues en la plutôt sympathique dans l’édition collector.

1974      461 Ocean Boulevard : après 3 ans de combat contre l’héroïne et de stérilité musicale, Clapton redevient monstrueusement bon en ouvrant sérieusement sa palette musicale. On trouve ici du reggae, de la steel guitar, du low tempo, un style très laidback et de nouvelles utilisations de la batterie, avec un son splendide. A la même époque il fait une apparition jouissive dans Tommy, l’opera rock des Who, en prêcheur du culte de Marilyn Monroe.

1975      There’s One in Every Crowd. L’album n’est pas mauvais, mais n’apporte rien de particulier après l’énorme 461 Ocean Boulevard. En 1975 l’album EC was here est un live essentiel.

1976      No Reason to Cry. Celui-ci est plutôt un bon cru. Il traîne des relents de pop/rock pénibles dans cet album, mais une bonne moitié des chansons est bien agréable à l’oreille.

1977      Slowhand bien sûr, en apesanteur sur une bonne moitié des titres. Le principal protagoniste est saturé de substances pendant tout l’enregistrement m’a-t-on dit, et on peut apercevoir les germes de ce qui devient si énervant quelques années plus tard. Mais il y a une telle honnêteté et une telle maîtrise musicale dans cet album que tout est pardonné. Restent une tristesse majestueuse et un art splendide.

1978      Backless. Celui-ci prolonge le précédent, un peu en-dessous.

1980      Just one night est un très bon live qui conclut 10 années de carrière solo globalement magnifiques. Plus dure sera la chute !

1981      Another Ticket ne fait pas particulièrement de bien ou de mal, c’est, disons, le bord du précipice.

1983      Money and Cigarettes. Si l’arrêt de l’héroïne avant 461 Ocean Boulevard avait porté ses fruits, l’arrêt de l’alcool juste avant celui-ci a des résultats moins heureux. Money and Cigarettes est un sacré gâchis. Le son est agaçant, cliquant, plein de medium, avec des percussions insupportables. On sent bien que, juste derrière, tout le talent de Clapton est là. Mais avec de telles instrumentations, c’est impossible. Crazy Country Hop est peut-être son pire travail à ce stade et conclut dans l’horreur un album de déclin.

1985      Behind the Sun. Difficile d’élire le plus horrible ici : le son est catastrophique, avec des machines à la place de la batterie, des synthétiseurs cauchemardesques et un pur son de fête foraine ‘80s. C’est produit par Phil Colinns, et il n’a pas de quoi être fier. On trouve ici une reprise de Knock on Wood sans intérêt, Tangled in love est une abomination. 20 ans après des débuts flamboyants Clapton a anéanti toute sa grâce.

1986      August a tous les défauts du précédent, inutile de tirer sur une ambulance.

1989      Journeyman a un son horriblement ‘80s mais parvient à être moins catastrophique que les 2 d’avant : un bon tiers de l’album est audible. Hard times surnage comme une cerise confite au milieu d’une glace fondue. A ce stade il est difficile de ne pas le penser : God is dead.

1992      Unplugged. MTV ressuscite Clapton, c’est complètement inespéré à ce stade et doté d’une musicalité fantastique. Le chant et le jeu de guitare donnent la chair de poule, les chœurs et le piano sont parfaits. Ce n’est pas rock ou rugueux, mais que c’est bon.

1994      From the Cradle est genial, imparable, illustre et efface d’un coup une décennie abominable en réinstallant Clapton tout en haut de la musique.

1998      Pilgrim. Après 2 albums incroyablement inspirés, c’est l’accident industriel, à classer directement dans une poubelle.

2000      Riding with the King est un excellent album qui se concentre sur l’essentiel : le (très très) bon blues.

2001      Reptile a un son correct si vous aimez les chansons lentes et lorgnant vers la country.

2004      Me and Mr. Johnson : rien à redire ici, c’est intemporel et très bien fait.

2004      Sessions for Robert J est la suite du precedent, et très bon.

2005      Back Home : s’il n’atteint pas les abîmes de la période ‘80s, est insoutenablement pénible à l’écoute, évoquant les passages les plus commerciaux et les moins inspirés de Dire Straits.

2006      The Road to Escondido avec JJ Cale est dispensable et plus orienté country.

2009      Live from Madison Square Garden : l’homme est en forme et fait ce qu’il sait faire. Le son est bon.

2010      Clapton, singularité dans sa discographie, sonne différemment de tout le reste, avec une touche beaucoup plus jazz. Réussi et touchant.

2013      Old Sock, pas terrible en effet. La seule chose remarquable de ce disque est sa pochette, invraisemblablement laide : un selfie immonde à chapeau, volontairement cheap, laid, et atrocement optimiste.

2014      The Breeze – An appreciation of JJ Cale. Ceci est plus original, avec de vraies belles choses de Knopfler.

2016      I Still Do n’apporte rien à tout le reste, un dernier album sans intérêt avant une renaissance ?

Ceci est écrit par un fan bien sûr. Au-delà de la série de looks incroyables je reconnais un côté vraiment énervant à ce guitariste phénoménal, à ce chanteur magique, à ce songwriter inspiré et souvent bouleversant, et qui appelait le devoir d’inventaire. Les 14 albums en gras ci-dessus sont une image de la perfection, et à ces chansons s’ajoutent plus de 70 chefs d’œuvre éparpillés dans les autres disques audibles, soit plus de 200 morceaux de maître, en attendant ceux à venir !

Combien coûte une chanson ?

Joel Tenenbaum est né le jour de Noël, en 1983. Il a étudié les mathématiques, la physique et la musique. Pour fêter ses 20 ans, 5 majors (Sony, Warner, Atlantic Records, Arista, UMG) le poursuivent en 2003 pour le partage de 30 chansons sur Kazaa, notamment de Limp Bizkit, Green Day, Red Hod Chili Peppers, Eminem.
Le 31 juillet 2009 Tenenbaum est condamné pour un montant de 675 000 $, ramené Le 9 juillet 2010 à 67 500 $ puis de nouveau à 675 000 $ le 16 septembre 2011. Pour 30 chansons et après 8 ans de poursuites judiciaires.

En 2012 Tenenbaum obtient son doctorat de physique et résume les choses ainsi : « I can’t believe the system would uphold a six-figure damages amount for downloading 30 songs on a file-sharing system that everybody used ».

Tenenbaum a été très maladroit pendant les procès. La défense idéaliste de Charles Nesson, professeur de droit à Harvard, adversaire farouche des multinationales et grand joueur de poker, a joué dans la punition considérable infligée à Tenenbaum.
Mais le vrai but de ces condamnations, comme le résume Nesson, est de terrifier la population par une punition excessive. La RIAA (Recording Industry Association of America) applique la même réponse que pour les régicides jadis : une torture si insoutenable et publique que personne n’aura plus l’idée d’attenter à la vie du roi. Ou de télécharger un fichier. Ou de refuser un arrangement à l’amiable. Etrangement, certains parlent de racket.

Pour mémoire Jammie Thomas, l’autre grande perdante contre l’industrie du disque US, a au final été condamnée à 222 000 $ pour 24 chansons après avoir refusé un accord à 5000 $.
Le montant de sa condamnation en 2007, soit 222 000 $, a successivement été porté à 1,92 million de $, puis à 54 000 $, puis à 1,5 million de $, puis à 54 000 $, puis à 222 000 $ le 11 septembre 2012, après 5 ans de procès.

Tenenbaum est aujourd’hui professeur de physique à l’université de Boston.
Nesson a lâché l’affaire. Dans sa thèse de 2012 (répondant au doux titre d’interdisciplinary applications of statistical physics to complex systems), Tenenbaum écrit de manière touchante à Nesson : « You are Vincent Laguardia Gambini. You are Gandalf ».
Jammie Thomas a indiqué en 2015 qu’elle ne paierait jamais.
Jérôme Kerviel, condamné le 5 octobre 2010 à payer la somme de 4 915 610 154 euros pourrait dire : petit joueur.


Le téléchargement, c’est du vol. 675 000 dollars pour 30 chansons, c’est la justice.