Evil plans (le charme désuet des)

On manque d’organismes indépendants qui se spécialiseraient dans le rating des plans diaboliques. On donne bien un carnet de note aux gamins, aux pays et aux entreprises. Pour mémoire et dans une ambiance de décernement de bonnet d’âne à de brave gaillards écoliers du XIXème siècle :

  • Standard & Poor’s ouvre le bal le 13 janvier 2012 en passant la France de AAA à AA+ (disons de 20/20 à 18,5 sur 20), puis AA (soit 18 sur 20) le 12 octobre 2014. Fitch fait de même avec un léger décalage
  • Moody’s fait la même chose (de AAA vers AA1) le 19 novembre 2012, puis AA2 le 18 septembre 2015

Le message est bien clair : si la France continue à ne pas faire d’efforts (criminalisation du chômage, subvention en priorité aux entités économiquement viables), elle fera sa pénitence à genoux sur une règle.

Si nous pouvons noter la dette des grandes puissances, nous devons pouvoir noter aussi les plans démoniaques. le principe serait simple : on évaluerait séparément la complexité (longueur, moyens à mettre en œuvre, risque), l’ambition, les chances de succès (crédibilité personnelle de l’auto-entrepreneur en evil plan, capitaux réellement alloués), il y aurait bien sûr une note artistique (palais du génie du mal, armes incroyables, images puissantes, qualité du henchman, méchanceté générale et monologue du méchant). L’ensemble pourrait être noté sur l’échelle de Goldfinger, tant ce brave Auric force la sympathie, souvenez-vous [Guy Hamilton, 1964] : obsession pour l’or ; explication des détails de l’opération Grand Chelem autour d’un verre ; meurtre de l’assistante Jill Masterson par « aurification » (asphyxie provoquée par peinture de la peau à l’or) ; mignon presque nain, muet et doté d’une force surhumaine, décapitant au chapeau-rasoir et écrasant les balles de golf dans une scène qui ferait frémir tout homme pour sa virilité ; voiture doublée à l’or pour passer les frontières ; agent secret attaché à une table (en or massif !) avec un laser se dirigeant vers une zone que la pudeur nous interdit de nommer (encore plus fort que la balle de golf) ; chanson de Shirley Bassey glorifiant sa méchanceté bien sûr ; Rolls-Royce à plaque minéralogique AU1 (ah ! les références à l’or) ; et enfin le plan démoniaque lui-même. 53 ans après la sortie du film j’espère ne rien spolier en dévoilant ce plan : irradier la réserve US de Fort Knox pour déstabiliser l’économie et renforcer la valeur de l’or appartenant à l’abominable milliardaire. Gert Fröbe s’en sort très bien dans le rôle d’Auric Goldfinger,  pour lequel Orson Welles avait été approché.

Rassurons nos lecteurs : la virilité de l’agent secret reste attestée par la possession de sa fameuse Aston Martin DB5 à siège éjectable et plaques interchangeables et son talent pour rendre amoureuse la célèbre Pussy Galore, qui jouait pourtant dans l’autre équipe.

En cherchant si par hasard d’autres avaient déjà mis en place un système d’évaluation des plans démoniaques, j’ai découvert l’Evil Plan Generator. Vous trouverez ici le résultat de l’exercice, en version traduite :

« Toutes nos félicitations pour la création d’un nouveau plan diabolique ! Votre objectif est simple: l’Accumulation des Ames. Votre motivation est une peu plus complexe: le Pouvoir.

Etape 1 : pour commencer vous devez séduire un Elu (ou une Elue ? On ne sait pas). Cette entrée fracassante forcera le monde à prendre conscience de votre arrivée. Qui est ce démon sorti tout droit de l’enfer ? D’où vient-il ? Et pourquoi est-il si sexy dans son costume tout noir ?

Etape 2: Ensuite, vous prendrez le contrôle de la Lune (ah ! Les marées). Alors des hordes de non-vivants se joindront à vous, en vous suppliant de leur donner des ordres. Votre nom deviendra alors synonyme de massacre, et les mortels le chuchoteront avec effroi.

Etape 3 : finalement, vous lâcherez vos énormes pouvoir, dans un déferlement d’horreur au-delà de l’entendement. Vous ferez tout ceci depuis une citadelle d’obsidienne, un très bon choix si vous nous permettez ce commentaire [ok pour cette fois]. Ces hauts faits siffleront la fin de la récréation, et les habitants du monde vous reconnaîtrons comme leur nouveau dieu. Faites-nous confiance, tout ça va boucler à la fin.

Pour la petite histoire Ian Fleming est mort un mois avant la sortie du film Goldfinger, rien ne se passe jamais comme on voudrait (comme dans les plans diaboliques).

Heureusement qu’il y a le méchant

Hitchcock (je n’avais jamais réalisé que son nom contenait autant de fois la lettre c), Hitchcock le résumait si bien : « the better the villain, the better the movie ».

Soyons clairs : pas de classement des méchants ici. Quelle que soit l’étrange affection qu’on leur porte par ailleurs, pas d’éloge de Dark Vador, l’agent Smith, Herr Starr, Frank de Blue Velvet, Ivan Drago, l’Abomination, Axel DeLarge, Magneto, Victor von Doom, Jafar, Catherine Tramell, HAL-9000, Orlok, Leatherface, Osborn, Alien, Bulseye, Ultron, Michael Corleone, Bill le Boucher, Mr. Blonde, Bellatrix Lestrange, Venom, Apocalypse, Bill de Kill Bill, du Pingouin, du Caïd, du T-800, du T-1000, ou des chasseurs invisibles de Bambi.

Nous distinguerons ici 2 cas de figure : ou bien le film est moyen, voire raté, et le méchant est génial. Ou bien le réalisateur ridiculise volontairement les « gentils » et nous régale atrocement en leur infligeant les pires turpitudes.

Dans la première catégorie Batman bien sûr (Nolan, 2008), où Heath Ledger repousse la limite du méchant parfait au cinéma, dans une intrigue peu captivante avec un Batman à peine acceptable. Un an plus tard Tarantino nous offre dans Inglorious Basterds le nazi affable Hans Landa, là aussi dans un film par ailleurs poussif. Le maître du genre, pour rester dans la chauve-souris, est peut-être Batman : le Défi (Burton, 92), avec un héros sans intérêt fabuleusement entouré par Walken / Pfeiffer / de Vito. Malgré la médiocrité du héros le film garde un intérêt photographique certain (Stefan Czapsky, comme pour Ed Wood et Edward aux mains d’argent, mais gardons le fil).

Dans la seconde catégorie on trouve bien sûr Gremlins, où la sympathie du réalisateur va bien plus vers les affreuses bestioles que les pénibles (proprets, dociles, gentils) héros. Si Dante épargne dans le premier volet l’adorable Gizmo, il est moins tendre dans le second, où le Mogwaï craque sous la torture avant de devenir… un darker and edgier Gizmo !

Heureusement qu’il y a Spike.