Robocop (Verhoeven, 1987)

Sans s’embarrasser du superflu – en ligne avec ses 13 M$ de budget, Robocop est entré tout droit dans la culture de masse, avec de vraies qualités.

Le film ouvre sur un journal télévisé, plantant très vite le décor : 31 meurtres de flics dans un Detroit désindustrialisé, gangréné par le chômage et le crime ; présentation du méchant Clarence Boddicker et de l’entreprise démoniaque : OCP. Le générique du journal mélange des images de missiles, de volcan en éruption, de foule en panique, de policiers armés et un coffrage musclé par un flic, avec le sourire extatique des 2 présentateurs. tout ceci dégouline de sympathie télégénique, entre une bombe nucléaire (française) à Pretoria et un bug dans la plateforme spatiale – Verhoeven adore ce qui bugge.

On enchaîne chez les flics : sergent incorruptible, arrivée du héros Murphy, son binôme féminin et ultraviolent Lewis, petite scène de vestiaire à la Verhoeven permettant de dénuder quelques seconds rôles.

Puis c’est un conseil d’administration de la multinationale, méchante comme l’époque les aime, pensez à Cyberdyne dans Terminator 2 (1992) ou The Company dans Alien (1979). Omni Consumer Products a plus ou moins privatisé la ville (dont la police et l’hôpital), et vise la construction d’une cité futuriste à la place de Old Detroit, aujourd’hui rongé par le crime. Pour ceci il leur faut un flic qui ne mange ni ne dort. Le robot Ed 209 manifeste un joli bug pendant la démonstration, ou un jeune cadre le braque avec un flingue, et ne remarque pas que le pauvre garçon jette l’arme sur la moquette. « Put down your weapon you have x seconds to comply », répète le gros crapaud mécanique, avant l’exécution à la mitrailleuse et remarquablement sanglante du jeune cadre terrifié (mais néanmoins dynamique). On valide le plan Robocop, il faut un volontaire.

Et c’est parti pour le meurtre vicieux de Murphy. Le cerveau, le visage et quelques organes du policier servent à la construction du cyborg, librement inspiré de Judge Dredd. Murphy rejoint le clan de Darth Vader (77), de Luke et son avant-bras mécanique, (80) de l’homme qui valait 3 milliards (mais seulement 6 millions en anglais, dès 74), Dr. Octopus (63), Donald Pierce (80), Wolverine (qui devient un cyborg après 75), Tony Stark (eh oui, c’en est un), Cable des X-Men et Lady Deathstrike, tous 2 en 86, et l’Inspecteur Gadget (83). Tout ça avant Tetsuo (Shinya Tsukamoto, 89), le Shrike d’Hyperion (89 aussi), Grievious (05), Bryan Fury (97), Yoshimitsu (94) et les Métabarons de 92 à 2003. Pour Terminator (84), on peut discuter : c’est plutôt un robot dissimulé sous des organes diront les puristes – mais refermons la parenthèse.

Pour la bonne mesure on lave le cerveau de Murphy, là aussi le résultat est imparfait. Après cet interlude la violence reprend : démonstrations de puissance du Robocop, arrestation musclée en boîte de nuit. Le méchant du film interrompt l’arriviste fêtant sa promotion avec 2 prostituées et beaucoup de cocaïne, lui tire 5 balles douloureuses dans les jambes, lui passe une vidéo de son rival « every game has a winner and a looser », et l’explose à la grenade pour faire bonne mesure. La scène de descente chez les malfrats est musclée, les 2 modèles de superflic s’affrontent sans affection, et puis arrivent les armes de guerre. Contre toute attente la fin est un atroce carnage. Mention spéciale et émue pour la chair qui fond d’Emil, méchant submergé dans les déchets toxiques – l’histoire et l’aspect du pauvre criminel font penser au Toxic Avenger de 1985. Mais l’humour n’est guère présent : en totale souffrance, un œil disparu, les ongles partis avec, Emil appelle à l’aide ses confrères gangsters bien peu altruistes avant de rencontrer une voiture qui le fait exploser comme une bombe à eau, en beaucoup, beaucoup plus sale.

Par-delà la violence Robocop montre un vrai soin des seconds rôles, des réactions humaines, des motifs des personnages, du détail : réactions horrifiées souvent, têtes passionnées des cadres en salle de réunion, guerres pour le pouvoir, fête d’entreprise endiablée pour le nouvel an vue par le cyborg, choix de couper le bras valide de Murphy pour que celui-ci soit plus efficace et convainquant, danseurs qui continuent de s’amuser quand l’un d’entre eux se fait sérieusement malmener, camaradie virile et discussions Business entre les 2 vrais méchants du film : celui de la Pègre et celui des bureaux. A chaque scène de violence devant lui un des cadres a un sourire de gosse. Et Robocop avale un brouet effrayant qui évoque (si vous êtes indulgent) de la nourriture de bébé.

L’apologie de la violence et de l’agressivité est efficace et volontairement outrée. « If you can’t stand the heat you’d better get out of the kitchen », dit le CEO, son bras droit est “un vrai requin” – ce qu’il prouve amplement par la suite avec l’intimidation réussie puis l’exécution de son rival. Quelques perles cyniques du requin en question : “I say good business is where you find it” et le très bon : « We had a guaranteed military sale with ED-209! Renovation programs! Spare parts for twenty-five years! Who cares if it works or not?!? ».

Cet humour dérangé (comme dans Basic Instinct ou Starship Troopers) fait le sel de cet immense succès cyberpunk, comportant une publicité pour un jeu de plateau familial sur guerre nucléaire et de fausses émissions vulgaires et stupides (« I’d buy that for a dollar! »).

La ville de Détroit s’est déclarée en faillite le 18 juillet 2013.

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