Fury – My war gone by – Ennis / Parlov (2012 – 2013)

Ceux qui ont suivi Original Sin peuvent oublier la dimension space opera de Nick Fury : le personnage est suffisamment complexe et riche dans la réalité crue du XXe siècle.
Fury est amoureux de la guerre et c’est un amour compliqué.

La guerre est le second personnage principal. Ca commence en Indochine, en 54, avec un coup de main aux Français. Puis Cuba, 61, pour assassiner Castro. Et puis ça continue, pour des raisons de plus en plus sales : Vietnam, 70, Nicaragua, 84, USA 99. A chaque fois ça se passe très mal.

Pieter Claesz(1597-1660) (1)

Vieilli, fatigué, déprimé, honnête, terriblement lucide, Fury entre 2 bouteilles et 2 sessions de sexe tarifé contemple sur 300 pages et une trentaine d’années l’horreur de sa vie. Efficace entre tous, posé, viril, autorité incarnée, observateur puissant, génie tactique, combattant-né, pétri de haine, révulsé par les mondanités. Prêt à s’allier avec les pires ordures au nom de ses guerres bien-aimées.

Barracuda est comme une friandise pour ceux qui ont suivi les Punisher Max, cette version jeune du monstre a autant de gouaille, aussi peu de respect pour la vie, et cette fantastique capacité d’analyse, de plan et d’action improbable / redoutable.

Peg Mc Cuskey est aussi un régal : politicien rationnel et intuitif, retors, parjure, sentant les tendances, les potentiels, et trouvant une prise pour tenir les pires rebelles. L’homme a une force de persuasion peu commune, passant du convainquant au pathétique, de l’homme de pouvoir au supplicateur, du bon camarade à l’homme simple et plein de bon sens.

Garth Ennis a bien des talents, le moindre n’est pas l’intérêt de ses personnages féminins. Celui-ci est un vrai cadeau, femme fatale, sauvage, intelligente, prognathe, tenant son rôle en cocktail comme dans une baston de bar, appelant un chat un chat. Le vaste scope temporel de l’ouvrage nous permet de suivre Shirley de 29 ans à 84. L’alcool ne conserve pas tant que ça.

Rapidement le sang coule, il ne s’arrêtera plus, rien ne vous sera épargné des horreurs de la guerre et des hommes.

D’autres très bons personnages : Giap (historique), le second couteau Hatherly, de méchants cubains bien inquiétants, de vrais patriotes et de vrais idéalistes. Frank Castle n’est qu’une pièce parmi d’autres dans le livre, ceci est formidablement agencé et crédible – merci au dessin comme aux dialogues. Pas de pouvoirs hors la longévité du protagoniste et le côté bigger than life, même si l’histoire est poisseuse à souhait,.

Dans la toute première section du livre Shirley apprend la mort du héros. Elle est jeune, superbe, parfaitement mise en valeur par sa robe, ses longs cheveux noirs dénoués, et elle envoie à la fenêtre un baiser volant à l’homme-tigre qu’elle respecte, offrant au lecteur un très rare instant poétique. Et puis bien sûr, tout retombe et empire.

Une vraie découverte par hasard. Une petite merveille.

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