Darker and Edgier

Mépriser le renouveau sombre des comics est de bon ton. Depuis 86 tout le monde aurait plagié Moore et Miller sans comprendre. Chaque scénariste, dessinateur, encreur aurait craché du darker and edgier à la chaîne, pour faire simple : la même soupe en plus sombre – SEXE dans toutes les vignettes, grossièretés, héros brutaux, malsains voire sadiques, tueurs sans complexe, jetés dans des tourments ignobles, au passé repeint en noir. Le public, animal primaire, exulte.

L’argument change du « c’est pour les bébés », mais passe à côté de la plaque. Canty_Thomas-By_Reason_of_Darkness

Les séries mainstream (au hasard : Uncanny X-Men) n’ont pas attendu Watchmen (septembre 86 – Octobre 87) pour aller vers le sombre. La reconnaissance des critiques saluait avec du retard un matériau solide, déjà bien présent dans the Dark Phoenix Saga (80), Days of future past (81), ou le monde des Morlocks (83), comme bien sûr dans V for Vendetta (82).

A l’hiver 85-86, Miller frappe fort en sortant simultanément Daredevil #227, avec sa somptueuse descente en enfer du héros, et le premier quart de Dark Knight. A l’automne 86 les X-Men sont en plein Mutant Massacre. Les grandes maisons d’édition prennent conscience du potentiel de vente de personnage durs, tout le monde enlève le frein à main.

Ce n’est pas le medium qui se recrée, c’est le public qui est prêt pour le sombre : fin des chimères hippie et baba, et de l’excès de lumière / du bonheur en toc des ‘80s.

Nous entrons donc dans le Dark Age. La ville est corrompue, les badauds apathiques, les méchants flamboyants ne sont pas sympathiques. La météo s’acharne. Le monde est maudit et corrompu. En janvier 87 ce brave Jarvis se fait salement torturer par Mister Hyde, bientôt on voit Captain America chialer. La vaste continuité du Darker & Edgier englobe Rorschach bien sûr, les Reavers et l’Inferno des X-men (88 pour les 2), Sin City dès 91, le Judge Dredd des ‘90s, et donnera the Crow (94), Hellboy (94), Se7en (95), Transmetropolitan (97-02), Dark City (98), the Authority (99, avec et parmi d’autres joyeusetés un héros accro à l’héro), Matrix (99), The Ultimates (02), Wanted (03), jusqu’au Punisher Max à partir de 2004 (qui méritera un billet à part), et – sans contexte le clou du spectacle – à la transformation du mignon Robbie Baldwin/Speedball en Penance : soit un adolescent scarifié et piercé enfermé dans une vierge de fer mobile, avec 612 pointes tournées vers son corps, un complexe de culpabilité sans limite et des pouvoirs immenses qui ne s’activent que par la douleur. Siudmak- The Emperor

Les héros dépassent les limites : Au début des années 90 Bisley et Lobo nous rappellent combien le mal peut être jouissif. Venom a sa série en 1993, le Professeur X perd de plus en plus son aura de gentil.
A partir de 99, The League of Extraordinary Gentlemen repeint en sombre une littérature victorienne déjà bien torturée.
En 2009 Scott Summers crée son escadron de la mort (X-Force) et le dégaine sur un paquet de gêneurs.

De nouvelles maisons d’édition (filiales ou non des grandes) se permettent tout : Dark Horse tire le premier en 86, Image/Wildstorm suivent avec Jim Lee, Mc Farlane, Silvestri en 92, et Vertigo enchaîne en 93. C’est un carton anti-disneyen – ironique, avec le recul et le rachat d’un Marvel sombre comme jamais en 2009 (en plein Necrosha-X) par la firme aux 2 oreilles. A quand le crossover Longshot / Gontran Bonheur ?

Bien sûr des excès de non-sens suivent, le mainstream est saturé de production fadasses estampillées darker and edgier – prenons les très faibles X-cutioner’s song (92) ou Onslaught (96) pour rester chez les X-Men. Mais juge-t-on l’arbre à ses fruits pourris ? Leighton - Little Fatima

Dans ces mondes en noir ou gris la noblesse se fait rare, peut-être moins frelatée aussi. Constantine a la classe. Tapez dans les listes ci-dessus, vous y découvrirez de belles tranches d’héroïsme qui propulsent Batman, Serval, Marv et ce bon vieux Franck Castle au panthéon des badass.

Le vin corsé et les alcools forts changent du soda et du thé aux fruits rouges. Violence is the solution.

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