Clapton – Quoi (ne pas) écouter ?

Le plus étrange avec Clapton est sa capacité à alterner de purs chefs d’œuvre avec des moments beaucoup plus poussifs.

Le début est météorique. Clapton est né en mars 45, les Yarbirds explosent entre ses 18 et ses (à peine) 20 ans. En 66 John Mayall & the Bluesbreakers met tout le monde d’accord : Clapton is God. On passe sur Powerhouse pour arriver à Cream, un monument (66 à 69), gardons les albums Disraeli Gears et Wheels of fire, tiens. En 69 toujours le supergroupe Blindfaith est fort solide, et le Live peace in Toronto avec le Plastic Ono Band est une bonne prestation classique malgré les miaulement stéroïdés de la dame, exemple sur Yer Blues:

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Le solo de While my guitar gently weeps (68) sur le White Album des Beatles est un monolithe kubrickien. Un rapide tour avec Delaney & Bonnie & Friends, et puis on arrive chez Derek and the Dominos en 70, pour continuer de planer bien haut. Citons Layla and other assorted love songs, avec quelques prémices des catastrophes à venir toutefois (I am yours, anyday).  Le Live at the feelmore de fin 1970 est globalement parfait, avec une reprise magnifique de Little Wing, peu de temps après la mort de Hendrix.

C’est ici que les choses se corsent. S’il avait fait une OD à ce stade, comme une bonne petite rock star, il aurait planté un quasi sans faute. Mais l’homme reste prolifique sur presque 50 ans de plus !

1970      Eric Clapton : venant d’un inconnu, ceci serait acceptable. L’album n’apporte pas grand-chose à une discographie déjà riche, avec un recul sur le son. I’ve told you for the last time lorgne vers la country et annonce des monceaux de morceaux énervants. Restent quelques classiques (avec un son décevant), et un blues en la plutôt sympathique dans l’édition collector.

1974      461 Ocean Boulevard : après 3 ans de combat contre l’héroïne et de stérilité musicale, Clapton redevient monstrueusement bon en ouvrant sérieusement sa palette musicale. On trouve ici du reggae, de la steel guitar, du low tempo, un style très laidback et de nouvelles utilisations de la batterie, avec un son splendide. A la même époque il fait une apparition jouissive dans Tommy, l’opera rock des Who, en prêcheur du culte de Marilyn Monroe.

1975      There’s One in Every Crowd. L’album n’est pas mauvais, mais n’apporte rien de particulier après l’énorme 461 Ocean Boulevard. En 1975 l’album EC was here est un live essentiel.

1976      No Reason to Cry. Celui-ci est plutôt un bon cru. Il traîne des relents de pop/rock pénibles dans cet album, mais une bonne moitié des chansons est bien agréable à l’oreille.

1977      Slowhand bien sûr, en apesanteur sur une bonne moitié des titres. Le principal protagoniste est saturé de substances pendant tout l’enregistrement m’a-t-on dit, et on peut apercevoir les germes de ce qui devient si énervant quelques années plus tard. Mais il y a une telle honnêteté et une telle maîtrise musicale dans cet album que tout est pardonné. Restent une tristesse majestueuse et un art splendide.

1978      Backless. Celui-ci prolonge le précédent, un peu en-dessous.

1980      Just one night est un très bon live qui conclut 10 années de carrière solo globalement magnifiques. Plus dure sera la chute !

1981      Another Ticket ne fait pas particulièrement de bien ou de mal, c’est, disons, le bord du précipice.

1983      Money and Cigarettes. Si l’arrêt de l’héroïne avant 461 Ocean Boulevard avait porté ses fruits, l’arrêt de l’alcool juste avant celui-ci a des résultats moins heureux. Money and Cigarettes est un sacré gâchis. Le son est agaçant, cliquant, plein de medium, avec des percussions insupportables. On sent bien que, juste derrière, tout le talent de Clapton est là. Mais avec de telles instrumentations, c’est impossible. Crazy Country Hop est peut-être son pire travail à ce stade et conclut dans l’horreur un album de déclin.

1985      Behind the Sun. Difficile d’élire le plus horrible ici : le son est catastrophique, avec des machines à la place de la batterie, des synthétiseurs cauchemardesques et un pur son de fête foraine ‘80s. C’est produit par Phil Colinns, et il n’a pas de quoi être fier. On trouve ici une reprise de Knock on Wood sans intérêt, Tangled in love est une abomination. 20 ans après des débuts flamboyants Clapton a anéanti toute sa grâce.

1986      August a tous les défauts du précédent, inutile de tirer sur une ambulance.

1989      Journeyman a un son horriblement ‘80s mais parvient à être moins catastrophique que les 2 d’avant : un bon tiers de l’album est audible. Hard times surnage comme une cerise confite au milieu d’une glace fondue. A ce stade il est difficile de ne pas le penser : God is dead.

1992      Unplugged. MTV ressuscite Clapton, c’est complètement inespéré à ce stade et doté d’une musicalité fantastique. Le chant et le jeu de guitare donnent la chair de poule, les chœurs et le piano sont parfaits. Ce n’est pas rock ou rugueux, mais que c’est bon.

1994      From the Cradle est genial, imparable, illustre et efface d’un coup une décennie abominable en réinstallant Clapton tout en haut de la musique.

1998      Pilgrim. Après 2 albums incroyablement inspirés, c’est l’accident industriel, à classer directement dans une poubelle.

2000      Riding with the King est un excellent album qui se concentre sur l’essentiel : le (très très) bon blues.

2001      Reptile a un son correct si vous aimez les chansons lentes et lorgnant vers la country.

2004      Me and Mr. Johnson : rien à redire ici, c’est intemporel et très bien fait.

2004      Sessions for Robert J est la suite du precedent, et très bon.

2005      Back Home : s’il n’atteint pas les abîmes de la période ‘80s, est insoutenablement pénible à l’écoute, évoquant les passages les plus commerciaux et les moins inspirés de Dire Straits.

2006      The Road to Escondido avec JJ Cale est dispensable et plus orienté country.

2009      Live from Madison Square Garden : l’homme est en forme et fait ce qu’il sait faire. Le son est bon.

2010      Clapton, singularité dans sa discographie, sonne différemment de tout le reste, avec une touche beaucoup plus jazz. Réussi et touchant.

2013      Old Sock, pas terrible en effet. La seule chose remarquable de ce disque est sa pochette, invraisemblablement laide : un selfie immonde à chapeau, volontairement cheap, laid, et atrocement optimiste.

2014      The Breeze – An appreciation of JJ Cale. Ceci est plus original, avec de vraies belles choses de Knopfler.

2016      I Still Do n’apporte rien à tout le reste, un dernier album sans intérêt avant une renaissance ?

Ceci est écrit par un fan bien sûr. Au-delà de la série de looks incroyables je reconnais un côté vraiment énervant à ce guitariste phénoménal, à ce chanteur magique, à ce songwriter inspiré et souvent bouleversant, et qui appelait le devoir d’inventaire. Les 14 albums en gras ci-dessus sont une image de la perfection, et à ces chansons s’ajoutent plus de 70 chefs d’œuvre éparpillés dans les autres disques audibles, soit plus de 200 morceaux de maître, en attendant ceux à venir !

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